wincot a écrit:j'ai l'impression que tout le système de l'harmonie tonale repose sur une hiérarchie assez stricte et que si on brise cette hierarchie on se retrouve en modale.
wincot a écrit:je crois comprendre que c'est parceque la musique tonale ne réprésente qu'un aspect de la musique et qu'elle ne s'interesse qu'aux enchainements qu'elle utilise.
D’entrée de jeu il faut affirmer haut et fort quelque chose de vraiment très important. L’harmonie tonale n’est pas TOUTE la musique. L’harmonie que l’on apprend à l’école n’est pas « LA » musique. Je sais bien que tu es sans doute au courant de cette nuance Wincot mais je l’affirme ici au cas où des curieux pourraient suivre notre discussion.
Depuis que les techniques de composition se sont raffinées, complexifiées, depuis qu’elles se sont ouvertes à d’autres types de conceptions de la musique, il n’est pas rare de voir se côtoyer plusieurs techniques, plusieurs conceptions de la musique. D’ailleurs cela a sans doute été, dans une certaine mesure, toujours le cas. Seulement, plus on avance dans le temps et plus nous avons de connaissance. C’est une fatalité. À moins que l’humanité soit atteint d’Alzeimer universel.
Tu sais, harmonie tonale et modale s’entremêlent allégrement un peu partout dans les pages du répertoire classique, comme dans les pages du Jazz, Populaire, Metal, voire même House, Trance et Electro-Post-Core-Funky-Modern-Gabber-Great-Fuckin’-Noise-Of-Shit-Music-Off-My-Great-Fuckin’-Ass..
Et encore ! Nous ne parlons pas encore de la musique Indienne, Iranienne, de la musique Juive, et celle venue de l’espace…
Je crois qu’il est très important lorsqu’on atteint un certain niveau de compréhension du langage musical de se défaire des préjugés sonores inhérents à notre condition temporelle, sociale, et culturelle faute de quoi on va crier Au Scandale pour avoir entendu des quintes parallèles consécutives dans un morceau du groupe metal Meshuggah. L’étudiant sage et enculé dira :
« C’est écrit dans mon livre d’harmonie qu’on a pas le droit de faire entendre 2 quintes consécutives de façon parallèle ».
Alors Meshuggah c’est donc de la mauvaise musique. On voit le genre de situation très ridicule que ça peut entraîner. Les Indiens chantent et jouent faux ? Non non, ils ont seulement une oreille qui socialement a été habituée à entendre les ¼ de ton. Si bien que maintenant le ¼ de ton fait partie intégrante de leur système musical « sérieux ». Avec Pierre Schaeffer dans les années 1940-1950 les bruits deviennent sujet à des théories musicales. La notion de partition standard s’estompe. Avec le sérialisme radical toute l’architecture de la musique harmonique tonale classique s’estompe aussi. Enfin tout ça pour dire que maintenant, vu la multiplicité des approches, il n’est pas de très bon ton que de cloisonner notre esprit à une seule vision. Cependant, il va de soit que si on bride notre esprit momentanément, c’est bien pour mieux comprendre ce qu’on étudie, sinon c’est un sacré foutoir sans fin. Dans le cas de l’harmonie tonale dans un contexte d’harmonie scolaire, il faut voir ça comme un superbe jeu d’échec sonore. Lorsqu’on joue aux échecs on accepte les règles non ? Et bien c’est le même principe ici. Seulement lorsque l’on voit un « cheval » dans la nature, on ne lui demandera pas de se mouvoir en forme de L de même que les « fous » dans la nature ont davantage tendance à tourner en rond plutôt que de se mouvoir en diagonale. Échec et Mat ! Après avoir vu la relativité de la chose on peut se demander légitimement : « à quoi ça sert d’étudier l’harmonie tonale alors ? ». Ça aiguise l’esprit, et les principes qu’on y peut apprendre ne sont pas ridicules, et puis, la majorité des musiques qu’on peut entendre partout en occident se base sur le système tonal ( comprenant les harmonies modales et autres… ). C’est un système encore bien implanté dans les mœurs de l’oreille culturelle. C’est pas demain la veille sans doute que la majorité des gens verront un intérêt musical plus marqué dans le fait d’aller écouter les oiseaux dans les bois plutôt que d’aller à un concert rock. Tu en parlais Wincot, Olivier Messiaen, lui, a su sentir que les oiseaux avaient du groove. Moi je ne me suis contenté que de faire groover :
Ma chatte
Oh là ! Allez je déconne là hein ! Faudrait pas penser que Messiaen est aussi bêtement ridicule que moi.

Bon mon petit speech de relativité musicale est terminé. HAHA !
wincot a écrit:je crois savoir qu'on ne commence pas forcément une mélodie ou un morceaus sur la tonique. Donc si j'ai un enchainement de trois accords disons Do Sol et Rem qu'est ce qui me permet de décider que j'ai plutôt à faire au degré I V et II de do majeur plutôt qu'au IV V I de sol majeur....
Excellente question. En soi, dans aucun contexte harmonique ? Rien ne pourra te le dire.
« Je t’aime » Si c’est prononcé par Gainsbourg ou par Lorie ça ne veut sans doute pas dire la même chose.
Les accords en soit ne représente pas grand-chose. C’est je crois l’erreur que font bien des débutants ( et c’est légitime ! ). Ils se disent, je vais apprendre tous les accords par cœur et je saurais comprendre l’harmonie tonale. Gloup, gloup, très grande illusion ici. L’harmonie tonale ( de même que bien des systèmes musicaux ) est un discours comparable à ce que peut l’être un poème par exemple. Une personne aura beau apprendre tous les mots du dictionnaire, elle ne saura sans doute pas davantage comment fabriquer des alexandrins, à quel moment elle devra faire des incises, elle ne saura pas plus comment user des rimes croisées, alternées, des rimes normandes etc…
Peau, Ricochet, Sulfate.
Comment je peux savoir que ces 3 mots appartiennent à un poème d’amour, à un vulgaire papier gouvernemental de saisi de maison, à une conversation MSN entre ami ou un roman de Stephen King ? Personnellement j’opterais pour Stephen King mais bon… HAHA !
Enfin tu vois Wincot, Un Do majeur, un Sol majeur et un Ré mineur ne représente pas plus que ces trois mots…
Un peu sur la même idée je comprend la hiérarchie qui fait que le III degré est plutôt considéré comme un V ( je résume hein) mais si j'avais un accord à quatres notes sur la gamme de do majeur composé des notes Re FA mi et do qu'est ce qui me permettrait de savoir qu'il s'agit plutôt d'un accord de Re7lmineur ou de Fa7majeur avec une ornementation.
( Attention, le terme ornementation est inapproprié ici, il faut parler plutôt « d’extension » de l’accord. Dans ton exemple RÉ-FA-( un LA sous entendu)-DO-MI pourra être soit un accord de Rém9, de De FAMaj7add6 sur RÉ ou voire même de Lamadd6add11 sur Ré toujours )
Donc tu comprendras que sans vouloir faire le lourd, la réponse se trouve dans le même principe que je viens d’expliquer plus haut à propos du fait que l’harmonie est un discours et que si on fait un focus sur quelques éléments séparément il est quasiment impossible d’en déduire leur nature. Ce n’est qu’en contexte harmonique qu’on pourra déterminer leur rôle harmonique. D’ailleurs, je défais un tabou, cette cogitation s’effectue souvent a posteriori…
Au sujet de debussy ma question portait sur la façon dont il harmonisait sa gamme. Je sais comment fonctione la gamme augmentée mais je me demandais en pratique comment il l'utilisait d'un point de vue harmonique c'est a dire si il se contentait de "créer" des accords a partir de ces 6 degrés. d'ailleurs je n'ai pas encore réfléchis à ce que ça pouvait donner comme possibilités à part le premier degré augmentée bien sur. OU si il empruntait des accords à d'autres gammes.
Je tiens à dire que je ne suis pas le grand spécialiste de la musique de Debussy, mais je crois savoir néanmoins que les musiques de Debussy utilisant exclusivement la gamme augmentée sont assez rares. Je me souviens d’en avoir vu un exemple cependant durant mes cours de techniques modernes de composition à l’université. Cependant dans les musiques de Debussy il arrive assez fréquemment des moments où l’utilisation de cette gamme est très affirmée. D’ailleurs c’est pas trop compliqué, cette gamme s’affirme toute seule, elle est un cliché en soi, surtout aujourd’hui faut dire. Les possibilités harmoniques de la gamme augmentée ne sont pas très nombreuses Wincot du fait que c’est un mode à transposition limitée comme je le disais dans mon dernier post. Cependant au niveau de la « couleur musicale » c’est un mode qui s’affirme beaucoup. Du moins il est facile à reconnaître à l’audition. Ça « sonne » bizarre, un peu flou, instable, complètement dégagé des repères standards de l’harmonie tonale. Mais du fait que c’est un mode qui n’a pas de stabilité, il est difficile de composer une musique exclusivement en se basant sur ce mode sans que ça tourne en rond. Faites vos essais vous verrez bien. La théorie c’est rien si on plaque pas nos petits doigts sur un clavier. Jouez les 2 transpositions de la gamme augmentée ( mon post précédent ), ensuite plaquez des accords augmentés sur votre clavier, vous verrez que l’ambiance qui s’en dégage est très typée. Comme Debussy a beaucoup employé ça on dit même maintenant que ça sonne « à la Debussy ». Je viens d’enregistrer rapidement un petit RNS pour faire entendre ce dont je cause ici :
À la Debussy ( Accord Augmenté )
En espérant que ça t’éclaire un peu plus encore Wincot ! J’attend la suite
Bien à toi
